XXIe Session de la Chaire Cardinal Malula


Ici Kintambo

Résumé de la première conférence
(Samedi 9 juin 2001)


« Comment renouveler la civilisation africaine : repères pour arpenter le XXIe siècle »

Le conférencier de ce jour est missionnaire Oblat de Marie Immaculée, fondateur des Editions Baobab et de la Chaire Cardinal Malula, Malula dont nous voulons honorer la mémoire en ce 12e anniversaire de sa mort.

Le Père Godé Iwele est professeur d’anthropologie religieuse et de sciences de la mission à l’Université Saint-Paul à Ottawa au Canada. Dans la conférence prononcée ce samedi 9 juin 01, il s’est proposé de répondre à la question suivante : « pourquoi et comment renouveler la civilisation africaine ? »

Son propos nous adresse une invitation vigoureuse à changer de regard, ou de point de vue. En d’autres termes, l’Africain a besoin de nouvelles lunettes lui permettant de poser sur sa propre civilisation un regard critique différent de sa perception habituelle.

Paraphrasant Aimé Césaire le professeur Godé Iwele estime que déférée à la barre de la raison et de la conscience, la civilisation africaine est indéfendable. Elle est indéfendable entre autres pour n’avoir pas satisfait les besoins fondamentaux des Africains depuis quelques siècles. A titre d’exemple, la génération du conférencier, c’est-à-dire les fils et filles de l’indépendance, ne goûtera pas au bonheur promis. Cette génération est plutôt témoin de la régression des peuples.

Après une observation attentive de realia africains depuis 20 ans, le conférencier conclut que l’Afrique donne à penser, défie la pensée. Cette Afrique est devenue une terre de « souffrance économique, sociale, morale ». Et pour cause ? Selon certains Africains, c’est l’Occident qui porterait la responsabilité de nos malheurs. Pour d’autres parmi lesquels le Nigérian Chinua Achebe, les leaders politiques sont à la base de maux du continent.

Le professeur Iwele renvoie dos à dos ces deux classes d’accusateurs, qui entretiennent des mythes stériles. L’orateur veut plutôt « affronter à fond » les questions cruciales : comment être intellectuel, citoyen, chrétien aujourd’hui en Afrique ?

Une rupture instauratrice s’impose pour permettre de penser autrement, d’évangéliser autrement. A cet effet, il faut prendre en compte l’examen de la pertinence de ce que l’on regarde jusqu’à présent comme de l’impertinence. Il faut minimiser le culte de la différence, constater la crise de la culture africaine et la nécessité de son renouvellement. Il faut tenir compte de la situation critique de l’Afrique.

Le conférencier assigne aux intellectuels et aux chrétiens la tâche d’être ce qu’est le poète en temps de détresse. Il s’agit de se mettre à la quête de traces du dieu enfoui.

Défendant la cause de jeunes, le professeur Iwele plaide pour l’avènement d’un nouveau type de modèles et d’un nouveau type d’intellectuel. Que l’intellectuel en cravate cède sa place à l’intellectuel penseur, non cravaté ! Ce nouveau type d’intellectuel sera capable de lire correctement les indices du malaise social par exemple, l’impertinence apparente de la danse dite « très fâcheux » au Congo-Brazzaville ou du cri de la chanson « Africa-moto » (feu, flamme) au Congo-Kinshasa. Les intellectuels cravatés n’ont pas compris que ces impertinences étaient des signes précurseurs de guerres.

Le conférencier a enfin indiqué quelques repères parmi lesquels figure l’exemple juif. En effet, les juifs ont réussi à bâtir une communauté multiethnique.

Bref, à l’encontre de l’afro-pessimisme envahissant, le professeur Godé Iwele dit haut et fort qu’il y a fondamentalement espoir et que l’Afrique réserve de surprises. Notre intellectuel non cravaté a attiré notre attention sur les conditions à remplir pour produire ces surprises.



Mot de Bienvenue
(par le Directeur de l'IASMi)

Au nom de l’Institut Africain des Sciences de la Mission, je vous souhaite la bienvenue à cette XXIe session de la Chaire Cardinal Malula.
Nous aurons le grand plaisir d’écouter le professeur Godé Iwele de la Congrégation des missionnaires Oblat de Marie Immaculée. Sa conférence portera sur le thème : « Comment renouveler la civilisation africaine : Repères pour arpenter le XXIe siècle ». Je remercie le Conférencier du jour pour sa disponibilité.
Je voudrais saluer très chaleureusement la présence de nos illustres invités : le professeur Joseph Ki-Zerbo et Mme Jacqueline Ki-Zerbo son épouse, les professeurs Valentin Yves Mudimbe et Fabien Eboussi Boulaga, et aussi de Mme Angèle Bassole que vous aurez l’occasion de découvrir pendant les assises prochaines. Laissez-moi vous dire que nous sommes flattés et honorés par votre présence.
Et à vous tous, distingués invités, chers étudiants et étudiantes, merci d’être venus si nombreux à cette session de la chaire Cardinal Malula. A chacun et à chacune de vous, je souhaite une très bonne participation !
Pour terminer, j’invite le TR Père Provincial des missionnaires Oblats de Marie Immaculée à venir procéder à l’ouverture solennelle de la XXIe session de la Chaire Cardinal Malula.




Mot d'Ouverture solennelle
(par le Supérieur Provincial des Oblats)

Une fois de plus, nous sommes heureux de vous compter des nôtres à ce délice scientifique. Nous voici aujourd’hui à la XXIème session de la Chaire Cardinal Malula.

Le thème proposé est assez indicatif : « Comment renouveler la civilisation africaine : repères pour arpenter le XXIe siècle. La coïncidence est manifeste. XXIème session de la Chaire au cours de laquelle nous serons invités à réfléchir sur les possibilités et les chances que pourrait offir le XXIème siècle aux Africains. Nous remercions d’avance le professeur Godé IWELE d’avoir accepté de nous y aider. Nous aurons tort de nous considérer comme d’éternels vaincus. L’afro-pessimisme représente un réel danger pour notre continent.

L’Afrique mérite d’être peinte comme un gigantesque chantier où le dur labeur fait penser à une traversée du désert. Il me semble que nos multiples crises devraient nous inciter à une densité de pensée et de réflexion pour que l’avenir ne nous rie plus au nez comme aime le dire le conférencier du jour. Le travail est immense. Chacun et chacune devra retrousser ses manches pour se mettre à l’ouvrage afin de poser les bases d’une civilisation meilleure qui émergerait de nos luttes et combats, de nos résistances contre tous les assauts des vents contraires à notre randonnée.

Disposons-nous à écouter mais surtout à prendre la ferme résolution d’apporter notre pierre aux grands travaux de construction de la maison commune. Il nous faut « oser grand comme le monde ».

Ceci étant, je déclare ouverts les travaux de la XXIème session de la Chaire Cardinal Malula.



Mot de clôture de la session
(par le Supérieur Provincial)
Dimanche 10 juin 01

Révérend père Recteur de l’Institut st Eugène de Mazenod
Révérend père Directeur de l’Institut Africain des Sciences de la Mission
Distingués invités
Chers frères et sœurs,

« Une civilisation qui ferme les yeux sur ses problèmes est condamnée à la disparition », nous a-t-on appris hier.

Les problèmes, nous en avons de tout genre en Afrique. De part en part, nos peuples traversent un temps de crise, un temps de mort, un temps thanatologique pour emprunter l’expression chère au professeur ATAL ici présent. Tout une processus de désagrégation des personnes, des institutions et de l’espace s’est engagé au point de nous faire prendre conscience d’être les « damnés de la terre ». Un réel défaitisme prend lentement mais sûrement place dans nos esprits.

Avec le professeur Godé IWELE, nous avons appris à avoir une nette intelligence de notre contexte afin de prendre toute la mesure de nos défis.

L’espoir est permis. Une surprise viendra d’Afrique. Ce rêve, me semble-t-il, est lourd de promesses et de responsabilités. Il nous provoque à plus de sérieux et de profondeur dans nos manières d’agir et d’être. Ne perdons jamais de vus que nous sommes des fils et filles d’un continent qui n’a peut-être pas encore fini d’exploiter ses possibilités.

Il est temps, il est plus que temps que nous joignons à nos rêves d’une Afrique meilleure le dynamisme de la pensée et de l’action.

Je vous souhaite un bon retour chez vous dans l’espoir de vous revoir plus nombreux et nombreuses au symposium scientifique qui commencera demain à 15h00’, toujours ici à l’Institut st Eugène de Mazenod.

Tout en remerciant le professeur Godé IWELE de sa brillante contribution scientifique, je déclare clos les travaux de la XXIème session de la Chaire Cardinal Malula.

Je vous remercie!

Paul MANESSA, OMI

isemomi@ic.cd