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L'événement |
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Ce sera une fête scientifique destinée à investir l’espace de la pensée et à tourner résolument l’Afrique vers l’avenir sans toutefois la détourner de son passé. L’événement aura lieu à Kinshasa en République Démocratique du Congo, du 10 au 15 juin 2001. Tout se déroulera sous forme d’une série de causeries à bâtons rompus comme sur un plateau de télévision: il n’y aura pas de conférences magistrales, formelles. Tous les dialogues seront enregistrés, puis transcrits. Ils seront également diffusés en direct ou en différé sur des chaînes de radiodiffusion et de télévision locales. La presse écrite publiera quotidiennement des comptes rendus des débats. Dans l’ensemble, le public jouera un rôle plutôt discret, celui du spectateur; mais l’occasion lui sera donné, durant la dernière demie-heure de chaque entretien, de dialoguer à son tour avec les invités en leur posant quelques questions. La séance solennelle d’ouverture comprendra un récital de poésie et connaîtra la participation de quelques artistes musiciens.
Le projet de ce dialogue est né d’une idée de V. Y. Mudimbé. En effet, au sortir d’un livre de Jean-François Revel où le philosophe français converse sur le sens de la vie avec son fils Matthieu Ricard, biologiste converti moine bouddhiste, Mudimbé me proposa d’organiser quelque part en Afrique un dialogue public sur des "questions de fond" touchant au sens de l’existence, à la vie intellectuelle et à la foi. Il me laissait l’entière liberté d’en déterminer le contenu et d’en préciser les contours.
Il me parut d’emblée que la forme de "dialogue" serait à privilégier sur la leçon magistrale. Le dialogue, en effet, offre l’avantage d’une exploration profonde et suivie mais moins austère et moins technique. Ce choix vise à permettre au plus large public possible d’assister ou de participer aux débats.
Sans trop y penser, le thème de "la traversée" s’imposa à moi. Ce thème me semblait assez large pour couvrir le champ thématique évoqué par Mudimbé. Bien plus, il nous orientait d’emblée vers l’avenir, vers l’effort sans cesse à renouveler tant que dure la traversée, mais surtout vers une pensée de l’existence humaine comme marche qui suppose une démarche. Contre toute tentation défaitiste ou fataliste, et contre tous les afro-pessimismes à la mode, le concept de traversée met l’accent sur le caractère essentiellement transitoire et transitaire de toute situation vitale quelle qu’elle soit. En ce sens, il pourrait devenir une bonne utopie mobilisatrice pour une Afrique qui, à force de malheurs, est souvent tentée d’abandonner le combat. Or telle est la loi fondamentale de la traversée: tant que dure la traversée, qui lâche, coule; et dès que l’on se croit arrivé (à destination), automatiquement on n’est plus dans la traversée. A la vérité, je fus éveillé pour la première fois à la fécondité et à la complexité de la problématique de la traversée par la lecture du philosophe camerounais Jean-Godefroid Bidima, même si mon point de vue diffère assez bien de sa théorisation de ce concept (voir ses deux ouvrages La philosophie négro-africaine et L’art négro-africain, Paris, PUF, "Que sais-je?", 1995, 1997).
Pour en revenir au Dialogue, lorsque le moment vint de solliciter la participation de Jean-Marc Ela, son avis fut déterminant dans le choix de Kinshasa comme site de l’événement. Le Congo a trop souffert, plaida-t-il; en allant au Congo, nous témoignerons notre solidarité à l’Afrique qui souffre. Et le Congo est, à l’heure actuelle, le symbole de cette Afrique qui se bat... pour s’en sortir. En entendant cela, il me souvint qu’un certain Frantz Fanon avait déclaré un jour que "l’Afrique a la forme d’un revolver dont la gâchette se trouve au Congo". |
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L'occasion |
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S’il fallait une excuse pour justifier l’urgence de cette rencontre et la nécessité d’un nouveau contrat avec la terre de nos ancêtres, on pourrait, de façon suggestive, évoquer le poids symbolique des quelques dates ci-après.
Tout d’abord, une pause de réflexion s’avère nécessaire. Il est tout indiqué qu’au début d’un nouveau siècle et d’un nouveau millénaire, l’on s’arrête pour mesurer le chemin parcouru et, au besoin, lever de nouvelles options fondamentales. En outre, le dialogue de Kinshasa se déroulera sur un fond d’anniversaire. En effet, au courant de l’année 2000, dix-sept pays africains ont célébré le quarantième anniversaire de leur accession à l’indépendance et à la souveraineté internationale. Si nous ne voulons pas, une fois de plus, manquer le rendez-vous avec l’histoire, ces anniversaires doivent donner lieu à une évaluation systématique de la gestion de l’indépendance par l’élite africaine du pouvoir, du savoir, de l’avoir et du croire et par le peuple africain lui-même. La commémoration du quarantième anniversaire des indépendances africaines servira donc de toile de fond à nos délibérations. Dans dix ans, l’Afrique aura été "indépendante" depuis cinquante ans. Un jubilé d’or, donc! C’est maintenant le moment de nous demander et de décider où nous voudrions que l’histoire nous trouve, sinon l’histoire se répétera. A nos dépens.
Mais le rendez-vous de Kinshasa veut saluer et honorer d’une manière spéciale la mémoire de trois personnalités phares, figures emblématiques de la lutte des peuples africains et des peuples noirs pour une place —la leur— sous le soleil de Dieu. Ce sont: Lumumba, Fanon et Kimbangu. En effet, nous commémorons en cette première année du XXIe siècle le 40e anniversaire de l’assassinat de Patrice Emery Lumumba (le 17 janvier), le 40e anniversaire de la mort de Frantz Fanon (le 6 décembre) et le 50e anniversaire de la mort de Simon Kimbangu (le 4 octobre). |
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