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Introduction - Existence |
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Lundi 11 juin 2001
La journée de lundi 11 juin 2001 a connu trois moments forts : l’adresse de cordiale bienvenue par le Recteur de l’Institut Saint Eugène de Mazenod, la présentation des intervenants et la table-ronde proprement dite.
Après avoir souhaité la bienvenue aux intervenants et à toute l’assemblée, en particulier au représentant de la Nonciature, le Recteur, le Révérend Père Jean-Pierre BWALWEL, a planché brièvement sur la traversée du 21ème siècle qui donnera à l’Afrique une dimension nouvelle, à savoir la prise de conscience des problèmes africains sur le développement, la justice et la dignité humaine.
Ensuite, le Révérend Père Godé IWELE, l’animateur principal, a pris la parole pour présenter les intervenants : -
Joseph KI-ZERBO : Historien Burkinabé, né le 21 juin 1922, dont le père fut le tout premier chrétien catholique de l’ex-Haute Volta, l’actuel Burkina Faso, et dont la cause de béatification est déjà introduite à Rome par l’épiscopat de son pays.-
Jacqueline KI-ZERBO : d’origine malienne, militante, de longue date aux côtés de son mari, de l’émancipation de la femme africaine.-
Valentin Yves MUDIMBE : Grand intellectuel Congolais naturalisé Américain ; enseignant aux Etats-Unis d’Amérique et en Angleterre.-
Hippolyte MIMBU : Secrétaire général académique du Théologat Saint Eugène de Mazenod.-
Madame BASOLE : Burkinabée vivant au Canada ; fondatrice des Editions Malaïka.
A la question de savoir comment on doit percevoir la traversée du 21èmesiècle par l’Afrique, aujourd’hui moribonde alors que hier berceau de l’humanité de la science, V. Y. MUDIMBE en partant de quelques anecdotes, a affirmé que notre expérience quotidienne est constituée de traversées. Nous ne sommes pas seuls dans la fraternité et dans la sororité. Nous devons transcender la différence de race et de sexe.
Joseph KI-ZERBO, quant à lui, appréhende la traversée comme une bataille sur plusieurs plans, notamment la contestation du concept pré-histoire, proto-histoire et ethnohistoire ; la contestation de la périodisation de l’histoire européenne est appliquée à l’Afrique.
Pour traverser le 21è siècle, Joseph KI-ZERBO estime qu’il ne faut plus s’installer dans l’Afrique telle qu’elle est vécue ; mais il faut rétablir d’autres équilibres, notamment en revalorisant toutes les ressources humaines, telles que les femmes.
Hippolyte MIMBU conçoit la traversée comme un rite d’initiation africaine à trois étapes : le contact avec l’occident, la mise en marche avec des ambiguïtés et des crises, la renaissance africaine. Pour lui, l’Afrique vit encore dans la 2ème phase. Il revêt une 3ème phase, celle de la renaissance africaine
La journée a été ponctuée par des intermèdes (chants, poèmes…)
Mardi 12 juin 2001
La journée de mardi 12 juin 2001 a connu trois moments forts : Existence humaine comme traversée : enjeux africains, fondements théoriques de l’existence comme traversée, et expérience humaine et traversée africaine du 21ème siècle.
Au cours de cette journée, le symposium a voulu honorer trois mémoires, à savoir : le 40ème anniversaire de l’assassinat de P.E. Lumumba, le 40ème anniversaire de la mort de F. Fanon et le 50ème anniversaire de la mort de S. Kimbangu. A ce propos, il a été question d’évaluer leur apport, de critiquer leurs œuvres et leur héritage.
Prenant la parole tour à tour, J. KI-ZERBO a commencé par parler de P.E. Lumumba qu’il a bien connu. Ce dernier, a-t-il indiqué, parlait pour les sans voix : c’est la voix qui portait en elle les souffrances silencieuses de tout un peuple. J. KI-ZERBO a aussi rencontré F. Fanon au Sommet des peuples africains où celui-ci parlait au nom de l’Algérie dont il n’était pas originaire. J. KI-ZERBO a été frappé par le combat violent de F. Fanon pour l’indépendance des pays africains. Quant à S. Kimbangu, J. KI-ZERBO a fait remarquer que les trois grandes religions du livre (Judaïsme – Christianisme – Islam) ont trop négligé l’acquis, le capital que représentent les religions traditionnelles africaines. Pour lui, les héros et les saints sont importants, même si leur vie est brève.
Précisant sa pensée sur F. fanon qu’elle connaît par quelques lectures, Madame KI-ZERBO l’a présenté comme celui qui a exprimé le combat des noirs de manière aussi parfaite que les fondateurs de la Négritude (Senghor, Césaire…).
S’agissant de P.E. Lumumba, V.Y. MUDIMBE a dit qu’il ne l’avait pas connu, mais que sa parole au sujet de l’écriture de l’histoire africaine était prophétique : l’histoire africaine ne s’écrira pas comme on le ferait à Londres, Paris, Bruxelles. Lui-même est en train de l’expérimenter dans le cadre de ses activités comme Président du Conseil de l’Institut International Africain de Londres.
Le cas de S. Kimbangu, a avoué V. Y. MUDIMBE, est difficile à comprendre. Il a également avoué avoir été témoin du fait que S. Kimbangu a été reçu dans l’Eglise Catholique à Elisabethville, tout en ignorant son état d’âme.
Se distançiant de J. KI-ZERBO, V. Y. MUDIMBE a défendu un point de vue iconoclaste sur F. Fanon. Son combat en Algérie contre les Français était aux antipodes de la vie que F. Fanon incarnait en tant que médecin.
Au sujet des fondements théoriques de l’ existence humaine comme traversée, H. MIMBU a affirmé que l’existence en Afrique a un sens, qu’elle est un voyage initiatique entouré de part en part des passages (naissance, mariage, mort …) Toutes les cultures ont des rites pour accompagner ces passages. Pour réussir la traversée du 21ème siècle, l’Afrique doit considérer sa situation actuelle, avec ses crises, comme une étape passagère, et se laisser guider par des modèles que sont les maîtres d’initiation suivants : Jésus-Christ, les saints, Malula, Lumumba et les autres.
S’inspirant du cogito cartésien, qu’il repense sous le mode sartrien, V. Y. MUDIMBE a relevé la difficulté qu’on éprouve pour appréhender l’existence humaine. Celle-ci est toujours temporalisée par l’homme. Nous sommes, a-t-il ajouté, des êtres pour autrui, des êtres en voyage. Il n’y a pas d’identité fixe et définitive.
Avant d’indiquer les conditions pour réussir la traversée, J. KI-ZERBO a dit que l’identité est un processus historique, que l’histoire est un moteur à trois temps (passe – présent – avenir), que la conscience doit utiliser ces trois temps. Il a souligné que la colonisation a été le moment-clé de notre assujettissement. Avec sa substitution brutale, les noirs ont été instrumentalisés. Les trois conditions de la traversée sont : l’espace africain (car le développement africain sera régional ou ne le sera pas), la formation tous azimuts visée à l’excellence, la démocratie qui suppose l’unité dans la différence. |
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Pensée - Spiritualité |
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Mercredi 13 juin 2001
La journée de mercredi 13 juin 2001 a connu deux moments forts : conversation avec les intervenants sur le thème du jour et débat avec le public.
Le Révérend Père Godé IWELE, l’animateur principal, a commencé par présenter au public le Professeur Fabien EBOUSSI Boulaga, de nationalité camerounaise, qui a débarqué hier à Kinshasa.
En remerciant les organisateurs du symposium et le public pour l’accueil qui lui a été réservé, F. EBOUSSI Boulaga a répondu à la question de l’animateur principal sur sa perception de la traversée africaine du 21ème siècle à partir de son ouvrage La crise du Muntu.
D’entrée de jeu, F. EBOUSSI Boulaga a défini les deux concepts de base de l’ouvrage, à savoir Muntu et crise. Pour lui, le Muntu est l’Africain moderne conscient de l’histoire dans laquelle il vit, des enjeux qui le sollicitent et qui essaie de trouver un sens pour y vivre. C’est l’être humain qui se positionne dans ce siècle qui est le sien et qui cherche à défendre les valeurs humaines face à leur inversion. La crise, quant à elle, évoque la situation de l’homme africain qui est menacé de disparaître de l’histoire humaine ; une situation faite de paupérisation, de pauvreté, de dépendance qui le menace de mort.
Etant donné que la pensée en Afrique est liée à la tradition, il lui a été demandé de savoir quel bon usage on pourrait faire de cette tradition. Répondant par la méthode négative, il a explicité ce que l’on doit entendre par un mauvais usage de la tradition. Celui-ci n’est rien d’autre que le fait de croire que nos tâches d’hommes d’aujourd’hui sont définies dans nos cultures, et de croire également qu’une tradition se défend de façon polémique. Dans cette optique, le bon usage évoque la capacité pour l’Africain de se donner une autre possibilité d’histoire. D’où le défi d’établir une continuité dans l’affirmation de l’humanité.
S’adressant à Hippolyte MIMBU, l’animateur principal a voulu savoir quel type d’intelligence et quel type de science seraient utiles à l’Afrique. Hippolyte MIMBU a distingué plusieurs types d’intelligence et plusieurs facteurs dans l’intelligence. Mais la situation de l’Afrique étant critique, il a insisté sur l’intelligence créatrice dont le continent a grandement besoin aujourd’hui ; que, malheureusement, l’enseignement qui s’y déroule ne développe pas suffisamment. Il a prôné, en rapport avec le type de science, l’endogénéisation de la science en Afrique.
Sur demande de l’animateur principal, V. Y. MUDIMBE a planché brièvement sur l’université et les centres de recherche en Afrique. Clarifiant le concept d’université qui vise la totalité des discours sur les connaissances accumulées jusqu’ici, il a indiqué trois axes : le bon sens, l’action précède la pensée et l’imitation des meilleurs auteurs. Il a déploré le manque de méthode et de discipline, et en fin de compte de conscience chez les Africains dans la pratique des modèles et des paradigmes.
La vie intellectuelle est avant tout éducation. Quels sont, à l’heure actuelle, les enjeux pour l’Afrique ? Partant de son expérience sur le terrain, Madame KI-ZERBO a mis en exergue l’approche du développement endogène basée sur le savoir et le savoir-faire des populations locales. Elle a recommandé la vulgarisation de l’intelligence grâce à un dialogue ouvert entre les théoriciens et les praticiens de nos milieux de vie ; et ce à la suite de l’échec des intellectuels en Afrique qui ne font que répéter ce qu’ils ont reçu et ainsi sont incapables de relever les défis majeurs actuels.
Y a-t-il des politiques culturelles en Afrique ? Si non, comment les susciter ? Joseph KI-ZERBO a répondu sur trois volets : les politiques culturelles, son expérience personnelle et les rapports entre les intellectuels et les hommes politiques. Certes, la gestion de la culture diffère selon les pays ; cependant, dans l’ensemble beaucoup de pays africains n’ont pas de politique culturelle. La culture africaine est très souvent folklorique. D’où Joseph KI-ZERBO a recommandé que l’on puisse infrastructurer la culture. A ses yeux, il est impérieux que des rapports étroits existent entre les intellectuels et les hommes politiques en Afrique.
Répondant à la question sur l’exode de la matière grise africaine, Fabien EBOUSSI Boulaga a situé cette problématique dans le cadre de la mondialisation qui raccourcit les distances. Pour lui, ce phénomène est normal ; étant donné que les africains sont des citoyens du monde. Personnellement, il ne serait pas prêt à se faire l’avocat du rapatriement des intellectuels africains qui sont hors du continent ; mais il serait prêt à jouer le rôle de médiateur entre la diaspora et l’intérieur.
Un débat nourri de questions du public s’en est suivi après une pause de 15 minutes.
Jeudi 14 juin 2001 (Foi et spiritualité)
La journée de jeudi 14 juin a connu deux moments forts : conversation entre le public et les intervenants, et réflexion de Fabien EBOUSSI Boulaga sur la thématique du jour. La journée a été honorée par la présence du Professeur NTUMBA Luamba, Ministre des Droits Humains, et de deux Evêques auxiliaires de l’Archidiocèse de Kinshasa, Messeigneurs BULAMATARI et NLANDU. Elle a coïncidé avec le 12ème anniversaire de la mort du Cardinal MALULA. Et à cet effet, l’assistance a gardé une minute de silence en sa mémoire.
Contrairement aux trois premiers jours où le questionneur était l’animateur principal, le Révérend Père Godé IWELE, qui orientait le débat ; aujourd’hui c’est le public qui posait des questions directement aux intervenants. Pour ce faire, on a procédé par deux séries de questions, en rapport avec le thème du jour, dont voici les principales réponses.
V. Y. MUDIMBE conçoit la spiritualité comme une traversée essayant de transcender les divisions de tous ordres.
Pour Madame KI-ZERBO, l’Afrique est en train d’inventer sa spiritualité. Celle-ci doit être comprise comme une source d’énergie où les hommes et les femmes vont puiser des réflecteurs indispensables pour résoudre les problèmes de leurs milieux de vie.
Hippolyte MIMBU a relevé une ambiguïté dans la spiritualité africaine. Cette ambiguïté constitue une étape transitoire dans la traversée, par l’Afrique, du 21ème siècle. Il a aussi relevé un hiatus entre la grande effervescence religieuse des Africains et leur médiocrité notoire dans la vie morale et politique, qui ne peut être vaincue que par le primat de la recherche scientifique et de la démocratie, qui font gravement défaut sur le continent.
Fabien EBOUSSI Boulaga a tenté de définir la spiritualité, qu’il a présentée comme la recherche d’une sagesse qui déploie et développe nos raisons de vivre et de mourir. C’est la promotion de ce qui donne sens à notre vie et la valorise. Dans cette optique, il est permis de parler de spiritualité ou des spiritualités. Pour lui, la querelle du singulier et du pluriel n’a pas de sens. Il est de même pour l’Afrique qui n’est pas seulement un espace géographique mais également un lieu d’aspirations tendant vers le même horizon.
Joseph KI-ZERBO a partagé les analyses de Hippolyte MIMBU, notamment sur l’ambiguïté de la religion en Afrique. Il a indiqué, sur le plan de l’histoire, deux points à mettre à l’actif de cette religion : elle est très tolérante et elle a travaillé pour la défense des droits humains, pour la promotion de la dignité humaine. En outre, il a relevé trois niveaux où la spiritualité en Afrique pourrait s’investir : la liturgie, l’organisation de l’Eglise, la dogmatique et la morale. Enfin, il a souligné la dialectique science – politique – foi. Il a indiqué, au sujet de la relation politique et foi, le rôle que l’Eglise pourrait jouer, à savoir le rôle de modeste passeur, celui d’aider les autres à avancer.
Après la réflexion de Fabien EBOUSSI Boulaga sur la thématique du jour, on a procédé à la cérémonie de clôture habituelle, présidée par le Père Paul MANESA, Provincial des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Pour ce dernier, la traversée a été, dans sa phase réflexive, un succès. C’est ainsi qu’il a tenu à remercier les artisans de ce dialogue, notamment les éminents intervenants, les secrétariats scientifique et technique ainsi que l’assemblée. Il a imploré sur eux tous la protection de Saint Eugène de Mazenod, fondateur de la Congrégation. |
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