Défense de la thèse
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PONTIFICIA UNIVERSITA GREGORIANA
FACOLTA DI MISSIOLOGIA

Résumé

La thèse qu’avec votre autorisation nous avons l’honneur de présenter et de soutenir aujourd’hui - Voir photos - est intitulée : Permanences et mutations de la Religion Traditionnelle Africaine : le cas des Ambuun de la R.D.C.

Avant de vous présenter les résultats auxquels nous sommes arrivé et de les insérer dans de nouvelles perspectives pour les sciences de la mission, nous allons exposer l’objectif poursuivi, la problématique abordée et la méthodologie suivie.

1. Objectif de notre recherche

La mission s’entend comme un envoi vers le peuple. Pour évangéliser un peuple, il faut, par conséquent le connaître.

Notre recherche se proposait d’esquisser un modèle d’intelligibilité de l’état actuel de la religion traditionnelle africaine. Autrement dit, notre objectif principal est de parvenir, tant soit peu, à saisir le système religieux traditionnel à travers lequel l’homme africain se meut dans sa foi en l’Etre Suprême. Nous avons aussi tenté de contribuer à apporter des éléments théoriques et méthodologiques pour une science de la religion traditionnelle africaine. Tout cela, en vue des nouvelles approches pour la mission.

2. Problématique et délimitation de la thèse

Plusieurs auteurs africains font état de l’actualité et de la vitalité de la culture et de la religion traditionnelles africaines. Les faits actuellement observables sur terrain confirment-ils cette affirmation communément reçue ? N’y a-t-il pas plutôt des ruptures et des continuités effectives, irréversibles ? Quels sont les traits caractéristiques permanents de cette religion ? Comment se présentent les mutations en son sein ? Quels sont les facteurs ou raisons susceptibles d’en rendre compte ? Telle est, en résumé, la problématique de notre recherche.

Pour répondre à ces questions et réussir un travail scientifique rigoureux, nous avons limité cette étude à une forme de religion traditionnelle africaine dans la pensée et la pratique d’un groupe : le peuple Ambuun, dans le Bandundu, en République démocratique du Congo

Permettez-nous de vous dire déjà que l’originalité de notre étude réside dans le fait que c’est la première étude approfondie de ce genre, à notre connaissance, consacrée à la religion traditionnelle des Ambuun.

Malgré l’évolution de la culture du peuple concerné et ses contacts divers avec d’autres formes de religion, il semble qu’un substrat résistant se maintient et se conserve, mais en même temps, certaines pratiques paraissent subir des mutations repérables. A quel niveau se situent ce substrat et ces mutations ? Notre effort consistait donc à identifier les permanences et les mutations subies par la religion traditionnelle africaine et aussi d’en rendre compte.

L’impact de ces mutations et permanences est considérable dans le vécu du peuple africain, en général, et du peuple mbuun, en particulier. Il nous faudra rendre les protagonistes conscients de cet impact et esquisser quelques pistes qui aident à apprivoiser l’état actuel avant d’engager des projets d’évangélisation pour l’avenir. Mais comment procéder pour atteindre l’objectif précité et répondre à nos questions initiales ?

3. Méthodologie

Notre recherche se basait à la fois sur la récolte et l’analyse des données documentaires (bibliographiques), sur une enquête sur terrain que nous avons nous-même réalisée et sur certaines discussions avec des personnes avisées dans d’autres sciences humaines, comme nous le signalerons tantôt. Le dépouillement de tout ce matériau et sa compréhension relevaient d’un préalable : connaître le peuple en approfondissant l’étude de sa langue et de son langage pour mieux saisir les intrigues ; vivre avec ce peuple afin de mieux le pénétrer, car certaines observations personnelles sont importantes et peuvent aider au recoupement, donnant ainsi la clé pour une certaine interprétation et lecture des faits. Il s’agit de ne pas se laisser prendre au piège de l’informateur qui peut, à dessein, choisir ses informations.

Notre étude est une démarche à deux volets : descriptif puis interprétatif (ou analytique). La lecture du matériel récolté nous a obligé à consulter des personnes avisées dans d’autres sciences humaines comme l’anthropologie, l’ethnologie, la philologie et l’histoire, par exemple. Et là, les observations, les considérations et suggestions des professeurs que nous avons consultés : anthropologue, ethnologue, philologue et historien, malgré la différence de leurs méthodologies, nous ont éclairé dans le dépouillement et l’interprétation des documents. Nous avons dû soumettre leurs méthodologies au prisme de la missiologie.

Pour des raisons diverses, ce travail nous a pris un temps relativement long. Nous avons d’abord
--- procédé au rassemblement de la documentation existante (cette étape nous a pris 9 mois environs pour parcourir quelques bibliothèques); puis
--- nous nous sommes lancé dans des enquêtes sur terrain (c’est l’étape qui nous a pris le plus de temps. Au moins deux ans) pour interroger et observer en vue de vivre nous-même certains faits et réalités. Nous pouvons avouer que nos séjours dans des villages et nos contacts directs avec des gens nous ont beaucoup instruit ;
--- le dépouillement du matériau s’est étendu sur un an à peu près pour consulter et recouper aussi avec des matériaux écrits recensés avant de
--- nous atteler à la rédaction qui s’est prolongée à cause de nos diverses charges et responsabilités .
Nos nombreux déplacements nous ont aussi permis d’ouvrir nos horizons en essayant d’observer les mêmes phénomènes. Ici, nous pensons surtout aux voyages au Sénégal, au Cameroun et à Madagascar, sans compter ceux à l’intérieur de la République démocratique du Congo même.

Même si les voyages dans quelques pays comme la Thailande, Sri Lanka et l’Inde, en Asie, et en Argentine, Bolivie, Haïti et Mexique, en Amérique latine n’ont pas eu essentiellement l’objectif d’une étude comparative, notre curiosité nous a permis de nous rendre compte que la « religion populaire » fait partie de la vie du peuple, que les valeurs de la vie et de la famille sont d’une importance considérable.

4. Résultats de nos recherches

Notre travail se répartit en six chapitres d’inégale longueur mais d’égale importance, car ils se complètent.

Dans le premier chapitre, nous avons tenté de connaître ce peuple Ambuun dans sa façon d’organiser la société et de percevoir les valeurs et l’importance qu’il accorde au sens de la famille, la valeur et la place du chef, de l’aîné ou de l’ancien ; et nous avons aussi découvert comment le mbil (totem) est un facteur de cohésion entre les membres du clan, non seulement dans sa propre ethnie puisque on sait trouver des membres de son clan dans une autre ethnie. L’essentiel ou la référence étant le partage d’un même mbil. [Les membres d’un même clan ne se trouvent pas seulement dans une même ethnie, on peut en trouver dans d’autres. Le mbil (totem) peut aider à combattre le tribalisme, un des nouveaux fléaux en Afrique. Les Ambuun disent « mbil a mur, lapés l’owes ». Tous se reconnaissent unis et liés par ce totem, et par lui, ils se reconnaissent membres d’un même clan.] Symbole d’unité dont il garantit les relations entre les membres, le mbil établit un équilibre entre les générations. Il est un critère d’identification. « Dis-moi ton mbil et je te dirai à quel clan tu appartiens ».

Notre recherche a aussi démontré que l’étude du langage d’un peuple est importante. Le langage permet d’entrer dans la sagesse du peuple, c’est un lieu important de la connaissance du peuple. Chez les Ambuun, le langage qui relève spécialement de la tradition orale s’appuie sur la parole, les gestes et les symboles.

Le deuxième chapitre traite de la conception de l’Etre Suprême. Les attributs cet Etre font ressortir sa distance vis-à-vis des vivants mais aussi sa proximité. Les Ambuun appelaient cet Etre Suprême Ngung Nkiér (« Celui qui m’a créé ») pour faire ressortir son attribut de créateur ; en contact avec le christianisme, ils l’appeleront Nzéem a Mpung( Dieu puissant), pour souligner sa puissance et sa royauté. L’ambivalence « lointain-proche » montre combien cet Etre est inconnaissable et insaisissable. Il est une réalité au-delà du contingent et le peuple s’y ouvre par une élévation d’âme à travers des sacrifices et des prières. La prière ici s’entend bien comme une expression de confiance.

Etant donné le caractère éloigné de cet Etre suprême, l’ancêtre occupe une place charnière entre lui (Etre suprême) et les vivants du clan. La relation avec les ancêtres sera ponctuée par des rites dont le chef de clan est l’officiant officiel et principal.

Le troisième chapitre est un essai de compréhension de certains rites qui rythment la vie dans la société mbuun. Nous avons étudié les rites de naissance, de mort et de réconciliation. Ces trois rites concernent la vie et la relation des vivants avec les morts. La vie y revient sur différents paliers comme un élément récurrent.

Le rite de naissance est un rite important puisqu’il s’agit de l’accueil d’une nouvelle vie qui vient au monde. La vie étant un don que le Négro-Africain tient pour sacré, les cérémonies qui accompagnent la naissance expriment l’accueil (acceptation) du nouveau-né et une gratitude vis-à-vis de ceux qui ont donné l’enfant.

Le rite de mort manifeste la fragilité de l’homme ; toutes les cérémonies qui entourent le malade et le mort veulent exorciser cette puissance (de mort) qui ôte la vie. On aurait voulu que la vie de l’homme fût immortelle !

Rite de réconciliation. La recherche de l’harmonie et de la communion est un objectif que les Ambuun cherchent à atteindre, à tout prix. Tout désordre entraîne un dysfonctionnement au sein de la famille dont la maladie et la mort apparaissent comme les conséquences. La société mbuun traditionnelle étant une société globale et englobante, celle où tout doit s’intégrer, la réconciliation apparaît comme un élément nécessaire pour rétablir la communion, l’ordre perdu.

C’est au quatrième chapitre que nous avons développé d’une façon substantielle le rite de l’initiation traditionnelle, en vue de nous aider à comprendre les mécanismes de l’intégration de l’homme dans la société. En quittant le village en vue de s’établir dans un lieu en brousse ou en forêt, loin de tout ce qui fut familier, le néophyte fait l’expérience du dépaysement : géographique et psychologique. Il doit reconstruire son imaginaire à partir des nouvelles données de l’homme adulte qu’il est censé devenir. D’abord, le nouveau lieu (d’initiation) n’est plus informe, il acquiert une nouvelle signification ; la distance vis-à-vis de son milieu l’aide à se définir en fonction de sa propre expérience et non plus seulement en fonction de ce qu’il a appris de ses parents. C’est un exercice de croissance et de maturité qui va culminer dans le sens de la responsabilité.

Les permanences et les mutations qui sont repérables dans le système religieux des Ambuun, et auxquelles nous avons consacré notre cinquième chapitre relèvent de l’évolution interne de la société elle-même, car la mutation ou le changement, disait Georges Balandier, a ses racines dans le système même, et aussi dans des contacts ou des rencontres avec d’autres cultures et religions, en l’occurrence le christianisme.

L’évolution sera interne et externe. Interne dans la mesure où le temps même oblige chaque culture à trouver des réponses aux besoins des hommes et des femmes d’aujourd’hui, car on ne peut plus vivre seulement de son passé, aussi glorieux soit-il ; le temps et l’espace aident le peuple à se réajuster, à se repositionner. L’évolution est aussi externe suite à la rencontre avec d’autres-que-soi, rencontre qui favorise l’acquisition de nouveaux apports mais qui oblige aussi à certaines concessions. Une rencontre ne laisse jamais indifférent.

Il faut apprendre à se recevoir des autres, dans le respect de l’altérité. Cette rencontre pourrait être le rendez-vous du « donner et du recevoir », selon l’expression de L.S. Senghor, dans la mesure où le respect et la compréhension accompagnent chaque groupe en présence.

Pour dessiner les nouvelles perspectives de la mission, nous avons consacré notre sixième et dernier chapitre à une tentative de réflexion sur la formation à la vie religieuse aujourd’hui en Afrique. Nous avons voulu savoir comment les éléments de valeurs sociales et religieuses du rite de l’initiation traditionnelle africaine peuvent aider la vie religieuse à prendre racine sur la terre africaine et à se développer dans l’harmonie. Les jeunes africains qui écoutent l’appel du Seigneur proviennent de ces milieux imprégnés de culture traditionnelle.

Pour répondre adéquatement à cet appel et faire l’économie des conflits, il leur faut intégrer avec discernement, dans leur vie religieuse, ces valeurs culturelles qui sont de leur tradition. C’est là que nous avons tenté quelques propositions pour la formation à la vie religieuse aujourd’hui en Afrique. La valeur de la réclusion, de l’expérience personnelle à travers des épreuves de toute sorte, du dialogue avec le maître de l’initiation et avec l’invisible pendant l’initiation, la recherche de la communion avec le visible et l’invisible, etc. nous semblent des valeurs significatives de la tradition africaine, dignes d’être intégrées et capables d’aider le jeune africain à répondre d’une façon harmonieuse à sa vocation religieuse et missionnaire.

5. Conclusions

Notre thèse a visé la reconnaissance et l’identification des permanences et des mutations au sein de la religion traditionnelle des Ambuun, et par conséquent dans les personnes provenant des milieux marqués par cette religion. La conscience de ces continuités et discontinuités nous aide à comprendre et à nous convaincre que nous ne sommes pas des essences figées. Le métissage qui nous caractérise nous aide à prendre en compte notre situation actuelle et à ne pas nous référer au passé comme si nous continuions à le vivre en faisant fi du présent.

Il nous a semblé que pour esquisser un modèle ou un schéma d’intelligibilité de la religion traditionnelle africaine, il faudra avant tout rassembler les éléments constitutifs de cette religion ; étudier la langue et le langage du peuple avant de se mettre à l’analyse de ces éléments. Après une analyse de chaque élément, il faudra arriver à une analyse d’ensemble des éléments en essayant de les situer dans le temps et dans l’espace. Nous ne pourrons comprendre mieux l’état actuel de la religion africaine qu’en essayant de comprendre ce qui a précédé et aussi les influences multiples qu’elle a reçues et qui ont contribué à faire d’elle ce qu’elle est aujourd’hui.

Notre inventaire n’a pas été exhaustif. Au registre des éléments permanents, nous avons identifié : la foi en Nzéem a Mpung (cette Puissance Suprême) de qui le négro-Africain se dit recevoir la vie (me asé Nkiér aweng mwe Nzéem=moi que Nkiér a placé ici et que Nzéem a créé) ; la sensibilité humaine, au sens du respect teinté aussi d’une certaine crainte (même inavouée) vis-à-vis des anciens, des aînés; des relations continues avec des ancêtres ; des liens indéfectibles avec le clan maternel où l’image de l’oncle maternel joue un rôle prépondérant; le recours au nganga(sorcier ou féticheur) pour consultations dans plusieurs circonstances en vue de protéger la vie; la valeur de la personne humaine, car « le monde entier n’est rien à côté d’elle, à côté de ce qu’il y a d’unique dans un visage humain » et d’une façon particulière la valeur de la femme comme mère et principe d’union. Il ne serait pas exagéré de souligner aussi la croyance (foi) et la confiance aux sacrifices propres à chaque rite.

Les permanences ne sont pas d’abord facteur d’une rébellion contre la nouveauté, mais c’est parce que les Ambuun les considèrent comme des valeurs éprouvées qui assurent la vie et l’avenir, et aussi parce que la société moderne ne répond pas à certaines questions existentielles pour lesquelles la tradition trouvait une ébauche de solution. Au registre de ces questions, j’en mentionne deux : le respect de la vie humaine en tant que telle et la réconciliation. L’enjeu de la palabre africaine était de rétablir la communion, l’ordre perturbé.

Au registre des mutations, nous avons identifié le contexte global lui-même qui a changé ( le temps et l’espace); la création des nouveaux lieux d’éducation et d’instruction [entre autres l’école nouvelle,] ont fait perdre à l’initiation traditionnelle sa « primauté » ; bien que la croyance à la sorcellerie soit encore vivante, l’influence des centres de santé pour des soins médicaux n’est pas négligeable. La naissance de la nouvelle élite issue du métissage est la preuve de cette mutation.

L’originalité de notre thèse réside dans le fait que ce travail est la première étude approfondie de ce genre, à notre connaissance, consacrée à la religion traditionnelle des Ambuun. Il y a déjà eu quelques monographies sur plusieurs ethnies (celle sur les Bakongo de Van Wing, de Nzuzi Bibaki, par ex.) mais pas encore sur les Ambuun. Dans nos recherches, nous nous sommes aperçu que l’expression Ngung-Nkiér Nzéem aweng me (Me asé Nkiér aweng mwe Nzéem) peut être considéré comme le credo et le résumé de la religion traditionnelle mbuun.

Pour ne pas trop tirer sur l’expression Me asé Nkiér aweng mwe Nzéem (Moi que Nkiér a placé ici et que Nzéem a créé), nous nous sommes quand même posé la question, à laquelle nous n’avons pas encore répondu car elle mérite une réflexion approfondie qui pourrait faire objet de prochaine recherche : Si Nzéem m’a crée, qui serait ce Nkiér qui m’a placé ici ? Serait-ce l’ancêtre fondateur? Serait-ce le Christ ? Dans notre thèse, nous avons dit que c’était l’ancêtre fondateur, mais on peut approfondir davantage pour des nouvelles perspectives missionnaires.

6. Nouvelles perspectives missionnaires

Les permanences et mutations que nous venons de relever ont certainement affecté les vies humaines. L’homme africain mbuun actuel est celui qui vit ces deux dimensions de tension en son être.

La vision du monde et des choses a changé. Au niveau de l’Eglise, depuis Vatican II, les personnalités et les documents officiels soulignent l’importance du dialogue, du respect de l’autre et de sa culture. L’accent est plus mis sur la personne humaine plutôt que sur l’institution. Le domaine du patrimoine culturel des peuples devient lieu d’admiration et de respect. Le monde devient plus tolérant et les jugements moins catégoriques. « A un moment donné, dit Ngimbi, la période de mépris ou de méprise de la culture africaine a cédé place à la période de sa reconnaissance et de sa valorisation positive ».

Si la religion traditionnelle a continué d’une façon surnoise, c’est sans doute parce que l’approche missionnaire n’avait pas perçu à temps que la religion traditionnelle devait être considérée comme dimension organique de la vie, car son impact sur les peuples était considérable. Pour s’assurer des repères, l’Africain ne voulait pas se dépouiller de son patrimoine au profit de la nouveauté qu’il n’était pas certain de maîtriser ; et d’ailleurs, ce qu’on apprenait valait-il ce qu’on oubliait ?

Le christianisme missionnaire, jusqu’à la moitié du XXè siècle, a travaillé sur base exclusiviste. Le manque d’attention est l’une des raisons pour lesquelles les premières missions catholiques en Afrique n’ont pas profondément pris. Les Lineamenta pour la préparation de l’Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques soulignaient : « Les premières missions portugaises ne se préoccupèrent nullement d’acquérir une connaissance approfondie des langues africaines et de comprendre les coutumes et les mentalités de la population. L’inculturation faisait défaut ». Non seulement la langue, comme je l’ai dit tout à l’heure, mais aussi et surtout le langage, car la langue est un moyen et le langage, un système. Plus loin, se référant à la Constitution Lumen Gentium (n. 15 et 16), le document invitait les églises africaines (sont invitées) à entrer en dialogue avec les autres églises, les autres religions et avec les religions traditionnelles africaines, car « dialoguer est un aspect important de la mission évangélisatrice de l’église, un moyen nécessaire pour son accomplissement ».

Toutes ces attitudes doivent, cependant, se situer et se comprendre dans le temps et tenir compte des circonstances de l’histoire. L’homme est humain, par conséquent, capable d’erreurs aussi humaines. Par plusieurs fois, des voix officielles de l’Eglise catholique ont exprimé leurs regrets pour ce qui a pu offenser le peuple dans le passé. Souvenez-vous du discours du pape Jean-Paul à Gorée ( ancienne maison d’esclaves au Sénégal), ses messages répétés au Jubilé pour la purification de la mémoire. Nous croyons que c’est une attitude authentique et honnête empreinte d’humilité. Si les messagers ont commis des erreurs, le message, lui, reste toujours une Bonne Nouvelle. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Les leçons de l’histoire nous instruisent. Il nous faudra donc trouver des nouvelles stratégies pour des perspectives missionnaires nouvelles. La mission aujourd’hui se veut humaine et divine, c’est-à-dire tenant compte des réalités humaines des peuples, on essaie de les voir comme Dieu lui-même les voit.

Le christianisme de la puissance institutionnelle et du monopole de la vérité divine cède progressivement au christianisme de la vie, de la compréhension et du respect ; il devient le lieu de la rencontre des enfants de Dieu pour une louange commune. C’est ainsi que le dialogue dans la mission apparaît aujourd’hui comme le mot clé de la rencontre des religions qui sont des moyens par lesquels l’homme va à la rencontre de Dieu.

Pour être crédible, la mission aujourd’hui appelle des nouvelles approches évangélisatrices. D’une façon particulière le dialogue et le respect. Dans cet esprit, on ne peut pas ne pas tenir compte des religions traditionnelles africaines. Restituée dans sa rationalité propre, la Religion traditionnelle africaine pourra contribuer à l’avènement du Règne de Dieu.

C’est dans ces nouvelles perspectives que s’inscrit la contribution originale de notre thèse.

La défense publique de celle-ci se présente elle-même comme l’actualisation du dialogue entre le jury, porte parole du christianisme et de la tradition universitaire et nous qui jouons le rôle de porte-parole de la religion traditionnelle africaine.

Remerciements

Avant de remettre la parole à qui me l’a donnée, c.à.d à l’aimable et auguste jury, je voudrais de tout cœur, exprimer ma reconnaissance au professeur, le p. Jesùs Lopez-Gay, pour sa disponibilité dans la direction de nos recherches. Ses observations, ses suggestions et remarques nous ont aidé à approfondir nos réflexions. Ses encouragements m’ont appris à avancer avec confiance.

Je suis reconnaissant au professeur, le p. Adam Wolanin, pour son intérêt à notre thème et pour l’enseignement que nous avons reçu de lui.

Le professeur, le p. Edmond Farahian (Crollius) qui préside le jury de cet après midi nous a enrichi de son enseignement pendant nos études au sein de la faculté de missiologie. Si mon plaisir est grand d’avoir mon ancien doyen (Lopez-Gay) et le nouveau (Adam Wolanin) comme 1er et 2ème examinateurs de ma thèse, ma joie et mon bonheur sont encore plus grand d’avoir eu les trois comme professeurs. Et d’ailleurs, le développement de la réflexion dont je viens d’être capable tout à l’heure est le fruit de leur solide enseignement.

Me tournant vers vous, chers amis, je veux remercier notre Père Général, Guillermo Steckling, et tout le Conseil Général pour leur soutien et encouragement. A travers eux, je suis redevable à vous tous, confrères Oblats. C’est pour le besoin de la mission que doivent servir nos réflexions et notre travail.

Vous tous, chers amis, venus de Belgique, Congo et d’Italie même pour nous soutenir, je vous dis toute ma gratitude. Je voudrais finir par une petite une promesse : tout à l’heure, quand l’auguste jury m’aura jugé capable et proclamé docteur, je promets que les consultations et les interventions chirurgicales seront gratuites toute la première semaine.

Baudouin Mubesala, omi
16 janvier 2002 (fête de saint Marcel)