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Anonyme:
Tu débarques à la gare, pauvre jeton, et déja tu n'es plus dans le coup. Les gens te dépassent, tu n'es pas dans le rythme. Ca galope autour de toi quand tu traines ton gros sac. S'ils vont si vite, les autres, c'est qu'ils ont un but dans la vie. Une vraie ambition, aussi triviale soit-elle. Regarde! Ils se hâtent acheter leurs billets, consultent les horaires, foncent dans la porte des renseignements, choisissent leurs cigarettes. Autant de buts mineurs qui leur donnent cet air affairé et suspicieux; cet air que tu n'aimes pas. Ils dépouillent les journaux avec une rare passion, se bousculent pour payer plus vite, sourient ou s'élancent vers l'ami qu'ils sont venus attendre. C'est une vraie humanité urbaine en mouvement. Tu t'éloignes par une porte diagonale, tu fuis, tu quittes les lieux par une sortie de service. Voila qui te ressemble. Et tout de suite tu les vois: des Serbes qui boivent du vin contre le parapet. Tu approches, avec ton sac. Eux aussi, t'ont vu: ils se préparent à l'usuelle rencontre: tu offres un vieux fond de tabac à rouler, ils t'offrent un coup de rouge à la bouteille. Puis tu commences à leur raconter tes histoires... Plus tard ils s'énerveront. Quand ils en auront marre d'écouter tes bobards... L'un d'eux sortira un couteau; tu lui fileras un coup de boule; le sang se mettra à gicler; un agent de la société ferroviaire appellera les flics; tu partiras en courant (et en oubliant ton gros sac). Tu erreras dans le métro, à la recherche d'un endroit où dormir ou de quelqu'un à qui parler. Personne ne fera attention à toi. Saoul, hébété, tu feras des signes aux autres voyageurs dans les rames - te moquer d'eux. Tu pisseras sur les voies en agitant ta bite à la grosse dame en face. Puis tu t'endormiras, dans le désespoir et la solitude... Et c'est dommage, pauvre jeton, car ils sont nombreux ceux qui, un jour, ont cru en toi.
Les morts:
Il préférait les morts. Dans sa discothèque, il n'y avait que des morts. Il avait pris cette habitude depuis très longtemps, collectionner les morts. Il ne pouvait s'empêcher de ressentir un faible pour tel chanteur noir-américain abattu à coups de feu par une pute mineure un soir de clair de lune... Tel autre flingué à bout portant par son propre père lui paraissait également meilleur que ceux toujours présents. Il se demanda d'où lui venait cette passion; car il n'avait rien d'autre à faire, qu'à méditer. Sa chambre était meublée avec soin et goût: quatre ou cinq éclairages différents lui fournissaient une lumière variable selon les circonstances; deux fauteuils club de cuir rouge, une bibliothèque en bois ancien, divers cendriers d'époques reculées trainant par là, et enfin un tapis de Perse en laine peignée parachevaient ce cadre cossu. Bref: une maison de collectionneur - vous l'avez compris. Il bailla de toutes ses dents, se demanda ce qu'il allait bien pouvoir faire ce soir, augmenta un peu le volume de la stéréo... C'est à cet instant qu'on frappa à la porte: Elodie entra dans la pièce, foudre de guerre et de joie mêlées à un parfun corsé de musc et de dentelles fraîches. Elle pérorait à toute vitesse. Elodie était vraiment une tuile. Mais elle était jolie, aussi... étant célibataire il n'avait pas souvent l'occasion de baiser. Il commença à la draguer pour la ixième fois. Elodie se laissa mettre la main dans la chatte. Puis bondit sur ses pieds sans un mot et fonça dans la porte en se précipitant; prit la poudre d'escampette dévalant l'escalier dans un claquement de talons... Ca lui arrivait souvent. Aucune de ses expériences sexuelles n'allait au bout; si bien qu'il était toujours plus ou moins puceau, à 23 ans. Il se demanda ce qui se passait avec ces dingues? Mais le diable ne l'emporterait pas. Il fit glisser le large disque de vinyl de sa pochette en cellophane, le posa délicatement sur la platine, en étant bien conscient de faire partie des élus. La voix du jeune Elvis retentit soudain la pièce, l'emplissant d' une rage indéfiniment renouvelée... Il se laissa porter par cette magie... Les morts, incontestablement, ne le trompaient jamais.
Dans le bus:
Tu vas crever, la grosse. Ce n'est pas la peine de discuter si aimablement avec une voisine que tu rencontres dans le bus. Pas la peine, non plus, de te dandiner si légèrement d'un pied sur l'autre. Ton poids t'écrase. Et tu as du mal à t'encastrer dans les strapontins qui meurtrissent ta chair. Le bus cahote et tu l'alourdis de ta masse... Tu discutes à présent avec deux copines et j'entends que tu parles mariage, car tu es jeune et n'as pas encore perdu tout espoir. Mais les hommes te promènent, ils montent avec toi faire la vidange et t'oublient dès le lendemain... Tu le sais, d'ailleurs, ce n'est pas la peine de tirer sur ta veste en laine... Tu leur en es malgré tout reconnaissante de ces quelques moments où tu peux te sentir un peu comme les autres... Oui mais voila: tu es grosse et ton quotidien est un vrai calvaire. Tu mouras vite - ton médecin t'a déja renseignée - ton coeur bloqué par la graisse te lâchera forcément assez tôt. Tu le sais aussi, et c'est la raison pour laquelle tu multitplies tant les petits actes d'héroïsme, te montres toujours si légère et enjouée, animes si bien les discussions les plus artificielles... Je te connais aussi. Mais attention, car tu peux être très dangereuse sous la fausse banalité de ton apparence: terrifiée par ton poids si lourd tu donnerais tout pour ressembler à n'importe qui. Alors ta voisine t'a contactée un jour... t'a parlé à l'oreille, et t'a aiguillée vers un méchant complot. Tu l'as écoutée, attentive et ravie, car enfin on te faisait confiance. Et tu es bien décidée à leur montrer ce que tu sais faire, aux voisins... C'est pour ça que tu discutes si aimablement avec une voisine que tu rencontres dans le bus. C'est pour ça, aussi, que je ne t'aime pas beaucoup.
La radio:
Son voisin était un autre taré. Lui, c'était la radio. Il l'écoutait sans arrêt - du matin jusqu'au soir. Un retraité est dangereux: toujours inactif, pas encore mort, il lui faut bien trouver quelque chose à faire pour occuper ses journées. La radio n'arrêtait jamais sa mélopée... Il le voyait parfois, ce voisin. Ne lui disait jamais bonjour. Ils se regardaient - c'est tout. Entre eux il y avait la radio. Il détestait la radio: ces voix truquées, enjouées, dynamiques, qui installent une atmosphère de fausse joie dans les maisons. Qui sont les cons qui écoutent la radio? Son voisin était seul. Vieux célibataire qui bandait sans doute de façon pas claire... La radio lui tenait compagnie. Il n'aimait pas être seul. C'est quelque chose qui donne à réfléchir... Les gens n'aiment pas la solitude et les méditations. Il était une exception et le savait bien. Souvent, il n'allumait pas la lumière, restait allongé dans le noir avec toutes les pensées de sa vie. Il se sentait vrai, ainsi. Mais tout le monde n'était pas d'accord. La radio était là pour le lui rappeler. Le monde tournait aussi, plein d'évènements, d'excitation, de bruits, de passions, auxquels il ne prenait pas part. Non, le monde ne mourait pas facilement. Son voisin aussi, s'entêterait; il se savait déja. C'était un coriace, sous ses airs bonhomme de pipelette. Pourtant bien inutile. Ce sont parfois les plus durs à abattre. La radio chantait toujours et proclamait qu'il en avait encore pour de longues années. Ce fut ce jour-là qu'il projeta le meurtre, le 26 Avril 97. C'était le jour de son anniversaire...
Réciproque:
Lui préférait les prisons. Nonobstant l'étrangeté de cette assertion, elles étaient en quelque sorte devenues sa résidence secondaire... Il les connaissait toutes. Et pouvait disserter des heures durant, autour d'un café chaud, des avantages et inconvénients comparés des différentes centrales qui peuplaient la France, son pays d'adoption. Le reste le concernait peu. Obnubilé par l'ambiance bien spéciale de ce genre d'endroit, il était devenu une espèce de rat des prisons - comme il existe des rats de bibliothèques... Il n'avait jamais cherché de travail, sauf une fois, dans sa lointaine adolescence, à l'occasion d'un quelconque stage en entreprise pour un lycée technique. Il n'avait pas aimé ce qu'il avait vu: les usines sont dégueulasse et on vous y fait attendre. Toujours quelque chose ne convient pas. Les gens qui travaillent là sont de sournois salauds, courbés sur leurs machines, le regard voilé, semblant partager entre eux allez savoir quel secret... Jamais il n'y retournerait. Il avait tenu parole. Sa vie n'avait été qu'une longue suite d'embrouilles et d'emprisonnements, mais il aimait ça, c'était comme ça, et il n'échangeait pas aujourd'hui sa place au parloir pour une autre sur un tour d'ajusteur. Eux non plus, d'ailleurs. Les gens qui travaillaient aimaient leurs métiers, s'accrochaient désespérément à leurs entreprises, et, apparemment, tenaient avant tout à rester honnêtes. Oui: pour eux la prison était bien une punition. Il éclata de rire... Il éclata de rire - seul entre ses quatre murs - et ses éclats se répercutèrent à travers les couloirs jusqu'aux oreilles agacées des matons.
Flics privés et flics publics:
C'est un meurtre sans histoires. Ils le rouent de coups derrière le hangar numéro sept. Coups de pieds! coups de bottes! coups de tatanes dans les cuisses!... jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'un chiffon informe jeté au sol, plus qu'un pantin démantibulé dans sa parka crasseuse... - Tu l'as tué, merde, Harry! - Ca fera jamais qu'un SDF de moins. Ils s'accroupissent alors, le souffle court, et certains allument des cigarettes... d'autres palpent le corps. Oui, il est bien mort. Harry tape du poing dans le cadavre, dans l'espoir de le faire réagir: encéphalogramme plat sur toute la ligne. - Qu'est-ce qu'on va faire, merde, Harry? - A la décharge! Que les ordures retournent aux ordures! Le dénommé Harry empoigne les tibias du mort et commence à le tirer. Les trois autres l'aident en empoignant les bras. Ils progressent péniblement dans la neige, chargent le corps dans le coffre d'un break, Harry s'installe au volant, il démarre sans un mot. Les trois autres frissonnent et se secouent dans leurs uniformes. Leurs uniformes de flics privés.
Les renseignements que m'avait fournis le secretaire de section étaient donc bien exacts. Je range les jumelles et diminue le chauffage dans la voiture. Je compose sur mon portable le numéro du commissaire de police... La vie de Harry et des autres sera quelque peu différente à partir d'aujourd'hui.
Ce siècle aura ta peau:
Et vous, vous sortirez de là plus déprimé encore. Vous traînerez la boots sur le pavé du Temple, dans cette vieille ville où vous êtes né. Vous longerez des rues mortes dans cette heure d'été difficile. Votre cuir vous tiendra chaud. Un chien hurlera sans raison quelque part et le bout de la rue vous semblera plus loin que d'habitude. C'est ainsi, sans doute, que meurent les légendes. Mais non! Crénom! Voila que vous frappez de votre canne à pommeau d'or contre une devanture, qui résonne sinistrement dans la rue sombre... - Vieux Dracula! C'est une fillette qui vous lance ce quolibet de sa fenêtre. Vous la fusillez d'un regard sanglant, mais elle se cache en riant dans ses rideaux. Le monde n'a plus peur de vous. Le monde s'est endurci, depuis que vous étiez jeune. Le monde est un sale compagnon. Vous haussez les épaules: la philosophie ne vous fera douter de rien. Ce soir, comme tous les autres soirs, vous allez rejoindre votre chambre d'hôtel (refuge provisoire), et vous endormir du sommeil du juste. Vous êtes certain d'avoir raison. Et vous avez raison en effet de taper sur la tablette de la réception, puisque le préposé n'est pas à son poste. Doit être écroulé sur un divan - devant un quelconque match de football. Enfin il se montre et vous tend votre clef sans un mot. Vous abordez l'escalier en lui grommelant des injures... Et vous voila dans votre chambre. Vous tombez sur votre lit et votre coeur s'accélère, sans motif. Vous pensez que vous allez mourir, seul et oublié, sans enfants, dans cette chambre d'hôtel anonyme. Vos yeux s'embuent de larmes et votre image de dandy hautain se brise en morceaux à vos pieds. (C'est un cas de suicide, mon ami). Mais un Pakistanais vous en sauve en entrant comme un fou dans la pièce. Il se déchaine d'injures. Surpris, vous empoignez votre canne et marchez sur lui décidé à lui fendre le crâne! Il se retire aussi vite et mystérieusement qu'il était apparu. Votre pays est sur le déclin. Vous le dites depuis longtemps. Vous passez dans la salle de bain et procédez à quelques ablutions. Vous souriez à votre image, dans le miroir, au souvenir de ce Pakistanais. L'enfant de putain ne vous a pas fait peur! Vous êtes toujours prêt à vous faire tuer par le premier venu, et c'est bien. La mort attendra donc encore un peu. C'est pour bientôt, vous le savez. Mais encore un peu... Et vous vous endormez sur ce premier sourire de la journée.
J'ai enculé un travesti au carnaval:
J'ai enculé un travesti au bal masqué. Grimé en Esméralda, il m'a fait bander sur la piste de danse. Une chance. Il a pris ma main et l'a attirée vers son fessier, puis il m'a entrainé vers une chambre au-dessus. Je l'ai troussé très vite dans un couloir, ses volants rouges révélant son cul tout rond et bronzé. L'ai enfilé sans difficultés. - Damien, Damien, gémissait-il entre deux coups de reins. - Je m'appelle pas Damien, j'ai dit. - Damien! S'cours! C'est alors que le prénommé Damien est apparu, quand le culetage battait son plein, et j'ai vu ses yeux s'agrandir de rage. Il a foncé comme un porc et m'a basculé hors de ma moitié. Mon sexe était encore en érection, mon pantalon aux genoux me genait pour me battre. J'ai entendu une lampe de chevet qui volait en éclats quelque part. Des gens se précipitaient dans la pièce en rigolant. Damien était furax. - Il a baisé son trav', a expliqué quelqu'un. Je me suis rhabillé, retapé, et j'ai regagné en boitant le centre de la fête, le sous-sol de la villa. Les femmes m'ont accueilli par des clins d'oeil complices. J'étais, du coup, le héros de la soirée. Une blonde déguisée en Mickey m'a offert une coupe de champagne. Son sourire s'est encore élargi en rencontrant le mien... (pendant que Damien et son compagnon se disputaient dans un coin de la scène)... Cette soirée, décidément, s'annonçait au mieux.
A.G / Sept 2005.
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