Histoire et généalogie des familles LACHAVANNE de Vovray-en-Bornes.

Histoire des familles LACHAVANNE


L'histoire des familles Lachavanne résulte de la synthèse de plus de cinq actes notariés divers copiés dans le tabellion de Cruseilles et les minutaires. Les noms des différents personnages est suivi d'un numéro commençant par une lettre suivie d'un ou plusieurs nombres. Ce "matricule" renvoie aux fiches des familles auxquelles vous pouvez accéder au moyen des liens en bas de page.

Didier Lachavanne.

L'Abergement.

Au village de l'Abergement, paroisse de Cruseilles, proche de Vovray-en-Bornes, vivaient dès le 17ème siècle plusieurs familles Lachavanne. Ce village comptait à cette époque un vingtaine de feux (approximativement quatre-vingts à cent personnes).

Ces familles, qui ne sont connues que par le Tabellion de Cruseilles pour la période couvrant 1697 à 1716, paraissent avoir été relativement nombreuses et certainement implantées depuis longtemps dans ce village. Si une éventuelle origine depuis Vovray-en-Bornes n'est pas clairement établie, des liens avec cette paroisse n'en ont pas moins été existants comme cela va être démontré plus loin.

Le manque de documents antérieurs à 1697 ne permet pas de développer la généalogie des familles ou des individus portant le nom de Lachavanne. Il n'est possible que de décrire certains d'entre eux. Une seule famille s'est prolongée un peu plus longtemps mais elle s'est ensuite éteinte après 1753. A partir de 1756, comme il appert d'un acte de procure générale par les habitants de l'Abergement à noble Deroget, curé de Cernex, daté du 2 novembre (Maître Borgel), le patronyme est définitivement absent du village.

Le document le plus ancien découvert concerne un certain Jacques Lachavanaz, fils de Pierre l'ayné (G.1). Il s'agit d'une vente datée du 16 septembre 1697 consentie par Jacques au profit de discret Joseph Pinard, concernant une parcelle sise lieu-dit en la Vallettaz à L'Abergement, de la contenance d'une coupe de semature. Le prix payé par l'acheteur s'élève à cent vingt florins. L'acheteur s'acquitte de cette somme en remettant au vendeur deux obligations. L'une de quarante-deux florins et l'autre de quarante, toutes deux payées à l'origine à Joseph Dequimier, seigneur de Pontverre. Le solde est versé en louys d'or et bonne monnoye de Savoye. Cet acte a été rédigé par Maître Balleydier, notaire à Cruseilles, dont les minutaires n'existent plus semble-t-il.

Ce même Jacques Lachavanaz, le 5 février 1700, emprunte à Joseph Pinard, dont la profession de chirurgien chimiste est ici indiquée, la somme de cent cinquante-quatre florins immédiatement remise à François Dufingt, son beau-frère, plus une somme de six florins, quatre sols, pour payer les frais d'emprisonnement dans les geoles ducales d'Annecy. Jacques y avait détenu l'année précédente à la suite d'une action intentée contre par Bernard Cartier à la suite d'une dette impayée. A la date de la rédaction de l'acte, le malheureux Jacques est malade, il ne peut assurer lui-même sa subsistance.

L'acte est malheureusement incomplet et il n'est rien précisé des garanties que Joseph Pinard a pu exiger pour son prêt. Il est peu probable que Jacques ait survécu à cet épisode douloureux car il ne revient plus dans les actes.

Le 19 janvier 1700 Maître Balleydier constate par acte obligatoire (concerne une obligation) un prêt d'argent consenti par Maître Claude Brigal, praticien de Cruseilles au service du châtelain, au profit de Claudaz Pillet, veuve de Jean Lachavannaz (H), de l'Abergement. La somme est assez importante, soit 250 florins de Savoie, remise en 8 louis d'or neufs et monnaie de Savoie. Le prêteur exige la caution solidaire de deux des fils de Claudaz, Mauris et Claude. Les emprunteurs engagent leurs biens pour garantie du remboursement et même leurs personnes. La durée du prêt est relativement courte car le remboursement doit intervenir à la fête de Pentecôte. Le prêteur ne réclame pas d'intérêt.

Le notaire ne précise pas immédiatement l'utilisation de ce prêt par les emprunteurs. Mais l'exploitation du tabellion permet de le comprendre aisément. En effet, le 24 janvier suivant devant Maître Polliens, notaire et châtelain, les fils de Claudaz, Mauris (H.1) et Claude (H.2), achètent à Claude Pellarin de l'Abergement des masures sises au village. La nature, le nombre et l'utilisation de ces masures ne sont pas exposés dans l'acte. Cependant, il est précisé qu'elles jouxtent un curtil (jardin) appartenant aux acquéreurs, celui du vendeur et celui de la veuve Michelle Lachavannaz. Le prix demandé par le vendeur s'élève à 69 florins, versés par Maître Claude Brigal conformément à l'obligation passées cinq jours plus tôt. La taille payable sur la propriété des masures s'élève à 1 sol par quartier, dorénavant à la charge des acheteurs.

Un acte du 27 septembre 1704 signé de Maître Balleydier, constatant une vente, permet de découvrir un autre fils de Jean (Claude) Lachavannaz et Claudaz Pillet. En effet, Jean (H.3) intervient au nom de ses frères Claude et Mauris et de sa mère pour vendre à Mauris Charbonnel, de l'Abergement, une parcelle de terre dite en la Cottaz, d'une contenance de deux quarts de sémature, jouxtant la propriété de l'acheteur ; une autre sise chez Simond, de la contenance de cinq quarts de sémature. Le prix de cette vente est de 100 florins payables à Pâques. Le préambule de l'acte stipule que la vente est faite soubz deux vaches de deux ans date de ce jourd'huy. S'agit-il pour le vendeur d'une garantie de paiement ? Une sorte d'antichrèse jusqu'au plein paiement ?

Claude dit Quillet.

Si Mauris et Jean Lachavannaz ne sont présents que dans ces premiers actes, leur frère Claude surnommé Quillet est mieux connu. Né vers 1670 - 1675 à l'Abergement, cultivateur, il a épousé en 1699 Claudaz Lapierraz. Le contrat dotal a été établi par Maître Balleydier le 27 juillet. Malheureusement, cet acte n'a pas été découvert et il n'en est fait mention qu'à titre de référence dans des actes ultérieurs. Devenu veuf une dizaine d'années plus tard, il s'est remarié en 1714 avec Françoise Boncommand, native de Viry. Le contrat dotal établi le 1er juin par Maître Sautier n'a pas été non plus découvert.

Claude dit Quillet a eu trois filles nées de son premier mariage : Jacqueline (H2.1) qui a épousé Jacques Desprès, Simonde (H2.2), qui a épousé Joseph Robbaz de Villy-le-Pelloux, en vertu du contrat dotal établi par le notaire châtelain Joseph Challut le 26 janvier 1740, et Marie (H2.3) qui figure avec ses soeurs sur le testament de sa belle-mère, Françoise Boncommand, en 1736.

Le 29 juin 1700, Claude reconnaît par acte obligatoire devoir à Maître Polliens, notaire et châtelain (prédécesseur de Maître Challut), la somme de 500 florins pour le prix des affouages (droit de ramassage de bois de chauffage) effectués à son profit. Le débiteur s'engage à régler cette dette assez conséquente pour la Saint Symphorien (22 août).

Le 3 novembre 1705, il vend aux frères Claude l'aîné, Claude le jeune Sallaz, fils de Michel, de l'Abergement, une petite parcelle contenant la semée de deux quarts de froment pour le prix de 70 florins versés en 10 ducattons. La vente comporte également la prise pendante (récolte à venir). Cette vente a pour but de régler une dette due à Maître Dulcis consécutive à un contrat d'admodiation (fermage) passé entre eux le 3 juillet 1702. Pour cet effet, Claude l'aîné s'engage à remettre le prix de son achat directement à Maître Dulcis en deux termes fixés aux fêtes de Saint Martin (11 novembre) des années 1705 et 1706, soit 50 florins au premier terme et 20 au second. Cette vente avec transport de créance a aussi pour effet de subroger Claude Sallaz à la place de Maître Dulcis en ses droits. Le premier étant le nouveau créancier. La parcelle vendue est chargée de 6 deniers de taille par quartier.

Le mois suivant, soit le 3 décembre, Claude achète à Louys Coquet dit Billiard de la paroisse du Châble une vache de poil rouge pailleté, pour la somme de 28 florins 6 sols, payable le 1er mai suivant.

A partir de 1707 Claude, en sa qualité de communier du village de l'Abergement, aux côté de ses pairs : Claude et Mauris Charbonnel, Michel Charbonnel, Jacques Charbonnel, Mauris Sala (Sallaz), Jean Pinard, François Moyne, Jean-Pierre Bochet, Claude Coutelet, François Desboeufs, Claude Celle et Joseph Lamouille, se trouve impliqué dans un de ces nombreux litiges relevant de l'usage de bornage et des droits aux communaux. Ce genre de différend était très long à régler et était à l'origine de procès, de manoeuvres diverses et pas toujours avouables. En cette occurrence, les communiers de l'Abergement s'opposent à noble Vincent Sarde, seigneur de Candie, agissant au nom de sa mère Catherine de Hoche, veuve de Louys Sarde.

Le 23 février, Maître Deperse convoque l'assemblée des communiers, constituées des deux tiers au moins pour que les délibérations soient valides. La population de l'Abergement, devant compter une vingtaine de feux (ou familles), treize communiers sont présents. Le notaire est commissionné pour transiger avec les communiers afin d'éviter un procès que voulait leur faire Catherine de Hoche concernant un bornage délimitatif sur les communaux de la montagne de Lyselet, sur le Salève. Un transport est effectué sur les lieux avec des prud'hommes désignés par les parties au nombre desquels intervient également Dom Decorbeau, procureur de la chartreuse de Pommier, en vertu de ses privilèges de seigneurie. Mais il est préférable de s'en remettre à Maître Deperse pour relater les cause du litiges et les termes de la transaction : "... a esté convenu par son arbitrage et du consentement des parties que depuis la dernière pointe de la hauteur du roc appelé la Balme sera mise une borne au-dessus d'un chemin que la distance que dez le dessus dudit roc du costé de bize (nord) et couchant (ouest) d'iceluy il appartient à ladite dame Sarde laquelle borne a esté à l'instant plantée audit lieu et en tirant du costé du vent en a esté plantée une autre à trente-trois pas de la première et tousjours en tirant du costé du vent en a esté plantée une autre à trente-sept pas de distance et ensuitte toujours du mesme costé en a esté plantée une autre a trente-huict pas de distance de la troisiesme et ensuitte tousjours du costé du vent a dix-huit pas distante de la quattriesme et de ladicte quattriesme tousjours du mesme costé une autre distante de la cinquiesme de trente pas et tousjours desuitte une autre distante de la sixiesme de soixante-deux pas et finalement une autre du costé du vent distante de quarante-deux pas de la septiesme et laquelle vise droit des deux puis appellés des fontanettes, lesquels aussy bien que le golliex (trou d'eau ou puits) qui est à costé et dessous resteront par commun entre les parties et se maintiendront par commun pour abreuver leurs bestiaux et lesquelles bornes filent toutes à droite ligne sauf la première plantée du costé du roc et près d'icelluy qui fait un demy rond, soit cercle pour aller faire pasturer son bestail dans les pasquiers au-dessus et ce costé dudit roc et que le chemin qui est auprès dudit roc restera par commun entre les parties tellement (pareillement) que tout ce qui est au-dessus, soit du costé du levant desdittes bornes a la forme qu'elles ont esté sus plantées et jusques audit puis des fontanettes appartiendra en toute propriété à la ditte dame Sarde et le dessus du costé du couchant appartiendra auxdits communiers protestant ledit seigneur tant de ses droicts que du droit du tiers ; ytem qu'au-dessus desdits deux puis et golliex des fontanettes sera aussy mises des bornes distantes de quarante pas pour limiter laditte montagne de laditte dame Sarde et les communs dudit Abergement qui restent du costé du vent de laditte montagne pour partie..." L'accord semble satisfaisant au moins pour le seigneur de Candie qui s'engage à le faire ratifier par sa mère. Les communiers sont certainement d'un autre avis car cette affaire va se prolonger pendant des années, faire l'objet d'un procès jusqu'au Sénat de Savoie à Chambéry.

Le 16 avril 1714, les communiers se rendent chez le seigneur Joseph de Pontverre à Cruseilles. Ils se rassemblent dans sa maison forte, en sa présence et celle du Sieur Joseph Pinard. Les communiers présents sont : Claude Charbonnel, Claude Lachavanaz (dont il est question ici), François Moyne, Claude Sallaz, autre Claude Sallaz, Blaize Charbonnel, Claude Cuttelet. Les frères Vincent et Joseph Sarde, seigneurs de Candie, en l'absence de leur mère (entre temps décédée) poursuivent les communiers depuis le dépôt de leur requête en date du 16 novembre 1712, excipant de leur droit à propriété parvenu par succession de la montagne du Liselet et du chalet du même nom et des pâturages des communaux servant au bétail des frères Sarde, ce que constestent bien entendu les communiers. Pour leur défense devant le sénat, ils délèguent Maître Antoine Michal, procureur (avocat) postulant, pour les représenter. Cependant, un nouvel arrangement semble se profiler dans cet acte par le versement au profit des communiers par les frères Sardes de la somme de 100 livres de France que ceux-ci ont utilisé aussitôt pour ... leurs frais de procédure et surtout par l'engagement pris de ne jamais vendre ces droits, ce qui aurait pour effet de définitivement privatiser les communaux.

La querelle a probablement eu une suite mais celle-ci n'est pas parvenue jusqu'à nous.

Indépendamment des remous provoqués par le litige de la montagne du Liselet, Claude poursuit l'administration de ses biens et surtout règle ses dettes comme il peut. Le 15 décembre 1710 il vend à François Baille de Cruseilles, sous grâce de réachapt (vente en réméré) de trois ans une parcelle contenant la sémature d'un quart et trois quartes pour le prix de 42 florins que l'acheteur règle en partie à hauteur de 34 florins au moyen de l'annulation d'une obligation contractée par Claude auprès de l'acheteur le 16 novembre 1700.

Un peu plus d'un an plus tard, il fait l'acquisition le 18 janvier 1712 auprès de Louÿs Gazel, de la paroisse de Copponex, d'un boeuf de poil grisé pour le prix de 12 ducatons et demi (valant 7 florins la pièce). Ne pouvant s'acquitter de son achat immédiatement, le vendeur lui concède un délai jusqu'au 22 août (fête de Saint Symphorien). Pour l'assurance de cette vente, Louÿs Gazel obtient un acte obligatoire dans lequel est expressément précisé l'hypothèque du boeuf vendu et, accessoirement, des biens de l'acheteur.

Le 31 octobre de la même année, à la mort de sa mère (Claudaz Pillet), Claude opère une vente originale qu'il convient de décrire d'une manière détaillée pour la bien comprendre. Cette cession consiste à remettre des titres et documents dont l'origine est le mariage et surtout la dot à laquelle pouvait prétendre sa grand-mère. Celle-ci, Péronne Polliens, avait épousé Jean Pillet par contrat dotal passé devant maître Polliens le 28 juin 1643. De ce contrat dotal, non découvert, découle un certain nombre de droits transmis en succession qu'il s'agit de transporter au profit de Claude François et Joseph Boreille, bourgeois de Cruseilles et notables fortunés. En son temps, Claudaz Pillet, femme de Jean Lachavanaz de l'Abergement, avait fait valoir les droits successoraux de sa mère en plaidant et portant son affaire devant les tribunaux, jusqu'au Sénat. Le notaire Dulcis le précise dans les termes : "... la Claudaz Pillet sa mère, icelle Pillet aussy, héritière de la Péronne Polliens sa mère et nullement quitte (non désintéressée)... " et de poursuivre, concernant la cession : "... transporte (Claude) le mieux que faire se peut à Maître Claude François et Joseph Boreille, frères, bourgeois de Cruseilles, icy présent et acceptant pour eux et les leurs, à sçavoir tout le droit qu'il luy compete et appartient tant en vertu du contrat dottal passé par lesdits Jean Pillet et Péronne Polliens que des procédures faites en conséquence de la part de ladite Claudaz Pillet tant par devant le sénat de Savoye..." . Cette cession a pour effet de subroger en ses lieu et place les frères Boreille, cessionnaires, auxquels il remet tous les documents relatifs à cette affaire : le contrat dotal de ses grands-parents dont il est dit qu'il a conservé toute sa force : "... nullement vicié ny cancellé (annulé)... ", tous les actes de procédure et titres accessoires. Claude perçoit de cette vente une somme très conséquente de 800 florins, ce qui laisse supposer que les frères Boreille en espère davantage, car il leur faudra maintenant faire valoir tous les droits qu'ils viennent d'acheter auprès des successeurs du ou des débiteurs de Péronne Polliens, pas moins de 69 ans après. Claude, néanmoins, en tire un profit immédiat car cette somme versée sur-le-champ lui permet de désintéresser ses créanciers et de percevoir un argent dont il a le plus grand besoin.

Le 19 novembre 1715, il prend à titre de commande pour trois ans dès la Saint Martin (11 novembre) une vache qui lui est confiée par Benoït Dequimier, seigneur de Pontverre, le propre fils de Joseph dont il est question l'année précédente lorsqu'il s'est agi de régler le différend relatif aux communaux de la montagne du Liselet, entre les communiers de l'Abergement et les frères Sarde.






L'année suivante, soit le 1er avril, Claude prend à mi-fruit un domaine appartenant aux frères Joseph et Anthoyne Boreille, bourgeois de Cruseilles et d'Annecy. Il s'agit d'un contrat d'acensement qui dans les termes fixés se rapproche d'un métayage. Claude apporte ses bras, sa force de travail et sa bonne volonté et les frères Boreille lui confient des "... terres, prés, bois, communes, paquéages et autres généralement en dépendant, ensemble le jardin qui est au devant des galeries (balcons de bois) de la maison dudit acensateur..." . Joseph Boreille se réserve le pré dit le Closet et une parcelle dite sus l'Etang. Les conditions sont simples : la durée du bail est fixée à 6 ans, soit 6 prises (récoltes), dont le partage est fait par moitié des fruicts, grains, revenus et profits provenant desdits biens.

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